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5 février 2019

« The Hate U Give » : critique croisée, par Chloë et Sébastien

Ça raconte quoi ?

The Hate U Give (THUG) est un film qui fait écho aux récents crimes racistes et homophobes perpétrés en 2017 et 2018 aux Etats-Unis, réalisé par George Tillman Jr.

Starr, une jeune afro-américaine assiste au meurtre de son ami par un policier, car ce dernier pensait qu’il est menacé. S’enchaînent alors une série de réactions (pas toutes pacifiques) pour rendre hommage à ce jeune homme. Starr se retrouve tiraillée entre 2 mondes aux antipodes : sa banlieue où la violence règne en maître et son lycée élitiste où elle essaye de paraître la plus blanche possible.

L'avis de Chloë

A la sortie du cinéma, le seul mot qui me vient est « waw ». Une histoire comme on en voit peu, une actrice principale vraie et simple et un sujet actuel et important.

En rentrant dans la salle, je dois avouer que j’étais réticente car « The Hate U Give » ne fait pas partie du genre de film que j’apprécie habituellement. Étant une habituée des « feel good movies » ou des films classiques, « The Hate U Give » ne rentrait pas vraiment dans mon répertoire.

Le film commence et dès les premières minutes, me voilà émue aux larmes. Peut-être vais-je m’ouvrir à un nouvel horizon cinématographique ? Hé bien oui, « The Hate U Give » m’a convaincue. Grâce à ce film, la lumière est faite sur la jeunesse noire américaine, dans la première ère de leur mouvement de « rébellion » contre les crimes racistes mis sous silence. Nous sommes mis face à cette vérité parfois trop souvent ignorée. C’est une claque donnée de plein fouet.

Même si le film peut paraître long (2h12), l’enchaînement des actions ne nous laisse pas de répit. Je pense également que ce qui rend ce film si spécial et convaincant est la qualité des jeux d’acteur et tout spécialement ceux de Amandla Stenberg qui joue Starr et de Russell Hornsby qui joue son père. Ces acteurs ont réussi à donner une authenticité à leurs personnages en vivant leurs répliques et ceux-ci arrivent même à nous faire oublier qu’ils jouent un rôle.

« Thug Life » : “The Hate U Give Little Infants Fucks Everybody”, « La haine que tu enseignes aux enfants affecte tout le monde ». Cette phrase de Tupac est la base de tout le film et est parfaitement utilisée. Elle nous fait prendre conscience que ce qu’on dit et ce qu’on fait aux enfants les affectera à jamais, eux et leurs actions.

The Hate U Give fait partie, pour moi, des meilleurs films de ce début d’année 2019, de par son histoire poignante et de par les jeux d’acteur. C’est un film important pour la jeunesse, une bonne manière de la sensibiliser au racisme et de la faire se questionner.

Et du côté du jeu vidéo ?

Le monde artistique se nourrit fréquemment, voire constamment, des sujets sensibles, des inégalités, des maux de notre société. Qu’il s’agisse d’art plastique, de créations cinématographiques ou d’œuvres littéraires, c’est notre humanité, dans toute sa complexité, qui en est au centre. A l’occasion de la sortie du film « The Hate U Give », nous nous questionnons sur la représentation d’un sujet fondamental, le racisme dans les jeux vidéo.

Dans l’univers u gaming, la thématique est largement utilisée et présente parmi les créations. On peut citer « Ethnic Cleansing » sorti en 2002, un jeu développé par un association nationaliste américaine dans lequel on incarne un homme blanc chargé de tuer des latinos, des noirs ou des juifs. Ce jeu a créé une grande polémique dès sa sortie et est désormais introuvable.

Cet exemple, bien que choquant, reste assez caricatural alors que certains jeux évoquent le racisme de manière plus subtile, voire insidieuse, et parfois de façon inconsciente. Par exemple, le jeu « Grand Theft Auto 5 » nous permet d’incarner Franklin Clinton, un jeune afro-américain qui rêve de devenir un criminel réputé de Los Santos. Où est le problème? Selon une étude récente sur le genre et caractère de 8500 personnages principaux de 150 jeux, seulement 15% de ces personnages sont soit noirs, métisses ou asiatiques et sont présentés comme agressifs, dangereux et athlétiques.

Beaucoup de studios de développement véhiculent et renforcent donc des stéréotypes qui sont déjà présents, souvent inconsciemment, chez la majorité des consommateurs. Cependant, certains jeux dénoncent le racisme comme « The Cat in The Hijab » où l’on incarne un chat avec un hijab alors qu’il prend le métro, les réactions et interpellations des autres voyageurs doivent alors nous permettre de réfléchir sur la liberté individuelle. Un autre exemple est celui du dernier jeu « South Park », au moment de la création de notre personnage, le jeu nous dit que la difficulté variera en fonction de notre couleur de peau (plus foncé = plus difficile). Mais cette difficulté n’impactera pas les combats mais seulement notre vie, c’est-à-dire comment les autres personnages nous verront et interagiront avec nous, comme dans la vraie vie. Une manière intelligente d’aborder le sujet.

La bonne nouvelle est que les actions citoyennes sont de plus en plus nombreuses, les œuvres culturelles (cinéma, jeux vidéo) commencent timidement à réellement parler de racisme et à prendre conscience que c’est à travers elles que les préjugés et stéréotypes peuvent être éradiqués.

Avis aux écoles et aux associations ! Envie d’en savoir plus sur le racisme dans les jeux vidéo? Notre espace offre une animation à ce sujet, réservations et infos à sylvain@quai10.be.

The Hate U Give, un film de George Tillman JR avec K.J. Apa, Amanda Stenberg, Regina Hall. A découvrir au Quai10, en v.o.st.fr., jusqu'au 19/02 !

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