Quand on fouille dans l’histoire de sa famille, on n’y retrouve pas toujours des choses réjouissantes.

Et pourtant, Emmanuel Marre a relevé le défi osé d’adapter la correspondance de ses grands-parents sur grand écran.

L’histoire prend place à l’époque du régime de Vichy et, forcément, on voit comment les personnages interagissent et quels choix ils font face à cette période politique sombre de l’histoire de France.

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Notre Salut de Emmanuel Marre

Malgré le fait que ce soit un film d’époque, les personnages parlent et agissent comme s’ils vivaient dans le présent. Ça rend le film encore plus parlant, car même si le sujet appartient à une autre époque, certaines questions qu’il soulève résonnent malheureusement encore aujourd’hui.

Pour obtenir cet effet, le réalisateur Emmanuel Marre a laissé beaucoup de liberté à ses acteur·ices. C’est une façon de travailler qu’il avait déjà utilisée dans son premier film, Rien à foutre. Partisan de l’improvisation, il a notamment attiré Swan Arlaud, qui interprète Henry Marre et qui était impatient de travailler avec lui.

Cette méthode permet aussi au scénario de rester au plus proche des lettres qui l’ont inspiré. Lorsqu’il les a découvertes, Emmanuel Marre a été surpris par le langage très actuel qui y était utilisé et voulait que cela se ressente dans le film. Laisser une place importante à l’improvisation était donc une manière d’obtenir quelque chose de fluide, de naturel et d’actuel, comme dans cette correspondance.

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Le personnage d’Henry Marre, entièrement inspiré de l'arrière-grand-père du réalisateur, est complexe et nous pousse à nous poser une question assez inconfortable : « Qu’est-ce que j’aurais fait à sa place ? »

Opportuniste, lâche, idiot, collabo ? Quelle est sa place dans tout ce monde qui change autour de lui ?

Le film est composé de longues scènes de dialogue, de beaucoup de contextualisation, d’explications et, parfois, de beaucoup de bla-bla. Mais finalement, ça ne fait que rendre le film plus crédible. Parce que se cacher derrière des déboires administratifs, de longues phrases et de grandes excuses, c’est exactement ce que fait le personnage tout au long du film : éviter la dure réalité de la collaboration avec le régime nazi en se réfugiant derrière les ordres administratifs, les chiffres et les lois sur papier.

C’est une certaine forme de lâcheté qui a touché une partie de la population française à l’époque. Et en ça, je trouve le réalisateur courageux de montrer aussi frontalement ce à quoi son propre grand-père a participé.

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Notre Salut avec Swann Arlaud

C’est même important d’avoir ce genre de films et de témoignages.

Dans un souci de devoir de mémoire, on a souvent droit à des films sur les héros et héroïnes de guerre, à des histoires qui donnent de l’espoir et qui montrent que certain·es se sont battu·es pour la liberté de tou·tes.

Mais il est aussi important de montrer que ce n’était pas toujours la réalité. Que tout n’était pas tout blanc ou tout noir. Qu’il y avait des zones grises, de mauvaises décisions, des actes de lâcheté et des personnes qui ont préféré détourner le regard.

C’est aussi en racontant ces histoires qu’on peut déconstruire les mécanismes de propagande et mieux comprendre comment éviter de reproduire certaines erreurs du passé.

Emmanuel Marre le dit lui-même : « Mon arrière-grand-père était quelqu’un d’assez foireux et d’assez drôle, et en même temps quelqu’un de terrifiant. »

Le devoir de mémoire, ce n’est pas juste se souvenir des héros. C’est aussi comprendre ce qui s’est passé quand il n’y en avait pas.

Evénements

Emmanuel Marre sera présent lors d’une séance spéciale de Notre Salut, le vendredi 2 octobre, et échangera avec le public autour de son film.

Il reste encore quelques places ! Réservez dès maintenant.