Cela restera parmi mes très bons souvenirs au cinéma cette année, déjà : La Grazia nous plonge dans une réflexion mélancolique sur les coulisses du pouvoir à travers le portrait de Mariano De Santis, un président imaginaire face à son propre déclin. Présenté en ouverture de la Mostra de Venise 2025, le film a d'ailleurs valu à Toni Servillo une coupe Volpi de la meilleure interprétation masculine.

Le film séduit d'abord par sa superbe photographie, signée Daria D'Antonio, et une mise en scène d'une précision remarquable. Chaque plan est pensé comme un tableau à admirer : une composition picturale qui justifie pleinement le déplacement en salle pour en apprécier toute la richesse. On y découvre un sens du rythme très particulier qui, loin d'être ennuyeux, crée un décalage intéressant sur le temps, une réflexion parmi d'autres au cœur du récit. Pour une première incursion dans l'univers du cinéaste Paolo Sorreentino (Parthenope, La grande bellezza…), c'est un point assez remarquable qu'il me semblait important de mettre en avant.

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Le droit au cœur du dilemme moral

Mariano De Santis est un président érudit, dont la psychologie résonne étrangement avec l'analyse du droit. C'est un juriste dont la volonté est de prendre le temps et d'analyser chaque situation avec recul, notamment face à des choix cruciaux : deux demandes de grâces présidentielles — l'une pour un mari ayant tué sa femme malade par compassion, l'autre pour une femme ayant éliminé son bourreau — et un projet de loi controversé sur l'euthanasie. Sa fille Dorotea, elle-même juriste et conseillère, incarne ce lien entre la règle et l'intime. Pourtant, cette sagesse analytique devient sa propre prison : à force de respecter les protocoles et de chercher la distance nécessaire, Mariano De Santis semble s'être laissé dépasser par un monde qui change, illustrant ce paradoxe où la rigueur intellectuelle finit par isoler du réel.

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L'absurde et le memento mori politique

Toni Servillo habite ce rôle avec un flegme charmant, apportant une humanité bienvenue à cette figure solennelle hantée par le souvenir de sa femme Aurora. Le film se permet des moments d'absurdité inattendus — comme ces dialogues suspendus avec des figures de pouvoir ou des scènes de solitude presque surréalistes — qui viennent briser la gravité du sujet avec beaucoup d'esprit. Au final, on finit par se projeter assez facilement dans ses doutes : la retraite y est dépeinte comme un moment libérateur, mais aussi comme une source d'angoisse face à la perte de repères et à une forme d'introspection nécessaire. La Grazia se conclut sur cette dimension universelle : il nous rappelle que, peu importe notre statut, la perception du temps et le vertige face au changement finissent toujours par nous rattraper, nous laissant seul·es face à ce que nous léguons.

J'aurais tellement aimé l'apprécier en avant-première, avec un bon repas à la Brasserie du Quai10. Ce sera pour une prochaine fois !

Sébastien

Responsable de la communication

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Films

  • La Grazia

    Le mandat du président Mariano De Santis touche à sa fin. Surnommé «Cemento Armato» (béton armé) pour sa nature insoluble et son approche trop prudente de la politique, il est devenu seul dans les salles en écho du palais…

    Genre
    Drame
    Durée
    2H13
    La grazia