Garance, ou la force des représentations
Le cinéma est une affaire de représentations. Cela peut être une société, un fait divers ou simplement une idée originale que l'on avait en tête. Avec Garance, Jeanne Herry représente à la fois les conséquences insidieuses d'un alcoolisme social, mais également celles des violences de genre. Ces deux sujets de discussions sont au cœur de notre nouveau rendez-vous Cultivons nos regards.
Représenter l'alcoolisme est un exercice qui prend de multiples formes au cinéma. Il peut être utilisé comme ressort comique, comme dans Pirates des Caraïbes, ou bien comme fil rouge d'un drame qui traite frontalement la question (Leaving Las Vegas, Flight). Certain·es se sont essayé·es à marier les deux, comme Thomas Vinterberg avec Drunk. C'est dans cette dernière catégorie que se classe Jeanne Herry et son film Garance. Adèle Exarchopoulos y incarne une actrice en proie avec son alcoolisme, et dont l'humour et le détachement face au drame de sa situation désarme à la fois ses proches mais également le·la spectateur·ice.
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Un verre ? Oui, mais du vin blanc
Car c'est là que se cache tout l'aspect insidieux de l'alcoolisme dit "social" : au quotidien, Garance est une personne au comportement normal. Rien ne trahit sa maladie : c'est juste une jeune actrice en galère qui aime faire la fête avec ses ami·es, accompagné d'un verre de vin. Mais ceux-ci commencent à se multiplier. Garance arrive à un stade où un "petit blanc" a remplacé un simple verre d'eau, où l'anxiété se manifeste face à un stock d'alcool vide en plein Covid, où l'on constate qu'elle ne consomme pas moins de 2 litres d'alcool par jour. Et cela finit par se manifester dans sa vie : oui, Garance ne termine pas "au fond du caniveau", elle ne demande pas de l'aide, elle ne rate pas une seule répétition. Mais elle arrive en retard, se trompe de lieu, raconte des inepties face à des élèves. Son alcoolisme s'est intensifié au fil des années et, par petites touches, a fini par se manifester.
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Ce traitement sur le temps long est l'une des forces du film. Les situations se répètent jusqu'à l'énervement et le déni dont peut faire preuve Garance, interprétée avec tant de justesse par Adèle Exarchopoulos, finit par exaspérer le·la spectateur·ice après avoir épuisé ses proches. Jeanne Herry s'est inspirée du parcours d'une jeune femme qui lui a raconté son addiction à l'alcool et son chemin vers le sevrage. Une représentation très fidèle donc, et je sais de quoi je parle.
Films
Des femmes déterminées
Mais Garance ne se contente pas de proposer une représentation juste de l'alcoolisme. Le film participe aussi à élargir les représentations féminines au cinéma. Les personnages de femmes y échappent aux archétypes habituels : Garance est à la fois forte et fragile, drôle et bouleversante, lucide et profondément dans le déni. Jeanne Herry filme une combattante sans jamais la transformer en héroïne exemplaire ou en victime passive. À ses côtés, Pauline incarne une autre forme de force. Derrière son apparente douceur se cache une détermination discrète, celle d'une femme qui accompagne l'être qu'elle aime sans chercher à le contrôler, le sauver ou le juger. En refusant les oppositions simplistes entre puissance et vulnérabilité, la réalisatrice compose des personnages profondément humains.
C'est précisément ce type de regard que nous souhaitons explorer avec Cultivons nos regards. Autour d'une boisson réconfortante préparée avec talent par Marie-Laure (Des plantes et vous), la projection de films réalisés par des femmes devient l'occasion d'interroger ce que le cinéma montre, mais aussi ce qu'il a longtemps laissé hors champ. Comment les réalisatrices renouvellent-elles nos représentations ? Quels récits, quelles expériences et quelles sensibilités parviennent-elles à faire émerger à l'écran ? Avec Garance, Jeanne Herry nous rappelle que les représentations ne sont jamais anodines : elles façonnent notre compréhension du monde, des autres et parfois même de nous-mêmes. Voilà une excellente raison d'entamer la conversation ensemble ce dimanche 20 septembre au Quai10.
Sébastien
Responsable de la communication
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Cultivons nos regards - Garance
Localisation : Quai10